Récits
Histoire torride : le bal masqué de Venise
Trente ans de mariage, un carnaval, deux masques et une règle : ce soir, Sabine et Fabrice ne se connaissent pas. Une histoire torride où l'on se séduit comme deux inconnus, jusqu'au mot de passe.

Ils se connaissent par cœur depuis trente ans. Pour une nuit de carnaval, ils ont décidé de s'oublier. Une histoire torride à Venise, entre deux masques, une règle et un mot de passe.
Lecture : 6 min · Intensité : ●●○ sensuel · Thèmes : bal masqué, jeu de rôle, couple installé, séduction, yeux bandés · Réservé aux personnes majeures
Avertissement : ce récit met en scène un jeu de rôle consenti au sein d'un couple, avec un bandeau sur les yeux.
La règle du carnaval
L'idée venait de Sabine. Elle avait cinquante-quatre ans, traduisait des romans italiens depuis un quart de siècle, et elle connaissait Venise mieux que son propre quartier. Fabrice en avait cinquante-sept. Il venait de prendre sa retraite de contrôleur aérien, et pour la première fois depuis des décennies, il ne savait pas quoi faire de ses nuits.
« Pour nos trente ans, je ne veux pas de restaurant », avait-elle dit en janvier. « Je veux un inconnu. »
Il avait levé un sourcil par-dessus son journal.
« Et je fais quoi, moi, pendant ce temps ? »
« Tu es l'inconnu. »
Ils avaient fixé la règle dans le train de nuit qui les menait à Venise, en partageant une orange. À partir du moment où ils franchiraient la porte du palais, ils ne se connaîtraient plus. Chacun inventerait un nom, une vie, une raison d'être là. On séduisait, ou on ne séduisait pas : rien n'était dû. Et il y avait le mot de passe. Celui des deux qui dirait « Rialto » redeviendrait aussitôt lui-même, et l'autre aussi, sans question.
« Et si l'inconnu ne me plaît pas ? » avait demandé Sabine, malicieuse.
« Alors tu diras Rialto, et ton mari te ramènera à l'hôtel. »
Deux inconnus au palais
Le soir du bal, Fabrice quitta l'hôtel le premier, sans un baiser, avec un simple « Bonne soirée, madame » qui fit rire Sabine toute seule devant le miroir. Elle prit son temps. Elle releva ses cheveux gris en chignon bas, essaya deux rouges à lèvres, garda le plus sombre. Elle se trouva un nom, puis un autre, puis décida de n'en donner aucun. En descendant l'escalier de l'hôtel, elle se surprit à marcher autrement, plus lentement, comme une femme que personne n'attend et qui n'a de comptes à rendre à personne.
Le bal avait lieu dans un palais du Dorsoduro, au premier étage, sous des lustres de verre de Murano qui faisaient danser la lumière des bougies. Ils étaient arrivés séparément, à vingt minutes d'écart, comme convenu. Sabine portait une robe de velours vert bouteille et un loup de dentelle noire. Fabrice avait loué une cape sombre, et il avait choisi au marché du Rialto un masque vénitien cuivré, aux arabesques fines, qui ne laissait voir que sa bouche et ses yeux.
Elle le repéra tout de suite, évidemment. Trente ans, cela ne se cache pas sous du cuivre. Mais il se tenait autrement. Il avait le dos plus droit, un verre à la main qu'il ne buvait pas, et il regardait la salle avec l'air d'un homme qui n'attend personne. Elle sentit son cœur accélérer, et elle s'en amusa : elle avait le trac pour son propre mari.
Ce fut lui qui vint. Il s'inclina.
« Lorenzo. Je fais commerce d'épices, entre Alexandrie et ici. Et vous, madame ? »
« Une veuve de Trieste. Je ne donne pas mon prénom aux marchands. »
« Vous avez raison. Ce sont tous des voleurs. »
Il l'invita à danser. Elle accepta. Et pendant une heure, elle découvrit un homme qu'elle ne connaissait pas. Lorenzo parlait peu et regardait beaucoup. Il ne la touchait qu'au bout des doigts, puis un peu plus, au creux du dos, en lui demandant chaque fois du regard s'il pouvait. Il lui posait des questions que Fabrice ne posait plus depuis longtemps, parce qu'il en connaissait les réponses. Qu'aimez-vous qu'on vous fasse ? Que n'avez-vous jamais osé ? Et la veuve de Trieste, qui n'avait rien à perdre, répondait.
À la troisième danse, il se pencha vers son oreille.
« Votre mari a de la chance. »
« Mon mari est mort, Lorenzo. Je vous l'ai dit. »
« Alors c'est moi qui ai de la chance. »
Elle faillit éclater de rire et se mordit la lèvre. Puis elle le regarda mieux, et elle n'eut plus du tout envie de rire. Il y avait dans ses yeux, derrière le cuivre, quelque chose qu'elle n'avait pas vu depuis longtemps : la peur délicieuse de ne pas plaire. Il ne savait pas si elle dirait oui. Elle non plus. C'était cela, au fond, qu'elle était venue chercher.
L'alcôve au-dessus du canal
Vers minuit, elle l'entraîna dans une alcôve tendue de soie, au fond d'une galerie, là où une fenêtre ouvrait sur un canal noir. Le bruit du bal arrivait étouffé, comme d'un autre siècle. Elle s'adossa au mur. Il resta à distance.
« Vous voulez m'embrasser, Lorenzo ? »
« Depuis la première danse. »
« Alors demandez-le. »
Il le demanda. Avec une voix qu'elle ne lui connaissait pas, plus grave, presque tremblante. Elle dit oui. Le baiser eut un goût de cannelle et d'inconnu, et elle sentit le bord froid du masque cuivré contre sa pommette. Ses mains à lui passèrent sous la cape, sur le velours, sur ses hanches, et s'arrêtèrent là, parce qu'au bout de la galerie, des rires approchaient.
« Pas ici », souffla-t-elle. « J'ai une chambre, sur les Zattere. »
« Une veuve ne devrait pas inviter un marchand. »
« Une veuve fait ce qu'elle veut. »
Ils quittèrent le bal par l'escalier de service, et marchèrent le long des quais dans le froid de février, sans se tenir la main, sans se parler, comme deux inconnus qui savaient tous deux ce qui allait arriver. Sur le pont de l'Accademia, il s'arrêta pourtant, et lui demanda une dernière fois, très bas, si elle était sûre. Elle aima qu'il le demande. Elle aima encore plus de répondre oui à un homme dont elle ne connaissait pas le vrai nom, et dont elle connaissait par cœur la façon de dormir.
Le masque de dentelle
Dans la chambre, elle ne retira pas son loup. Elle retira celui de Lorenzo, lentement, et le posa sur la commode. Puis elle sortit de son sac un long ruban de satin terminé par une bande de dentelle.
« Chez moi, à Trieste, les marchands ne regardent pas. Ils devinent. Vous acceptez ? »
« J'accepte. »
Elle noua le masque de dentelle sur ses yeux. À travers la trame, il ne voyait presque plus rien : une ombre, la lueur de la lampe, le vert de la robe quand elle passa devant la lumière. Elle le déshabilla sans hâte, bouton après bouton, et chaque geste qu'il croyait connaître lui sembla neuf. Elle lui prit les mains et les guida jusqu'à la fermeture de sa robe.
« Devinez. »
Il devina. Le velours glissa. Il retrouva sous ses paumes une peau qu'il connaissait depuis trente ans, et pourtant il la découvrait, parce qu'elle ne réagissait pas comme d'habitude, parce que la veuve de Trieste osait ce que Sabine n'osait plus. Elle le fit s'allonger. Elle prit le temps. Elle lui dit, tout bas, ce qu'elle allait faire, puis elle le fit, et il comprit que les réponses de l'alcôve n'étaient pas des réponses de jeu.
Quand elle vint sur lui, elle lui demanda encore s'il voulait. Il dit oui. Elle lui interdit de bouger, et il ne bougea pas. Elle fixa le rythme, lent d'abord, puis moins lent, et il n'eut plus que le son de sa respiration, le froissement des draps, le clapotis du canal sous la fenêtre. Elle jouit en riant, la tête renversée, le loup de travers. Il la suivit de peu, en criant un prénom qu'il n'était pas censé connaître.
Elle se figea. Puis elle éclata de rire.
« Rialto », dit-elle.
Il retira le ruban. Elle retira son loup. Ils se regardèrent, nus, essoufflés, et se reconnurent avec une tendresse qui les surprit tous les deux.
« Bonjour, toi », dit Fabrice.
« Bonjour. Tu as triché. »
« Je sais. Lorenzo a fait ce qu'il a pu. »
Deuxièmes noces
Le lendemain matin, sur la terrasse de l'hôtel, un serveur leur demanda s'ils étaient en voyage de noces. Fabrice ouvrit la bouche pour corriger. Sabine fut plus rapide.
« Deuxièmes noces. Il est marchand d'épices. »
Le serveur hocha la tête avec le plus grand sérieux, et repartit.
En faisant sa valise, l'après-midi, Sabine trouva le masque de dentelle plié dans la poche de son manteau, avec une carte du palais glissée dedans. Au dos, de l'écriture penchée de Fabrice : Lorenzo repasse par Venise en février prochain. Il a demandé votre main à votre mari. Votre mari a dit oui.
Pour prolonger l'histoire
Sabine et Fabrice n'avaient emporté que deux masques et un mot de passe. Voici les deux masques.
- Masque vénitien Ohmama : un masque vénitien travaillé, en finition cuivre ou argentée, réglable, celui que porte Lorenzo pendant le bal.
- Masque en dentelle avec ruban : une bande de dentelle montée sur un long ruban de satin, qui laisse à peine deviner, comme dans la chambre des Zattere.
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Consentement et sécurité
- Le jeu a une porte de sortie : comme le « Rialto » de Sabine et Fabrice, convenez d'un mot qui met fin au rôle à tout instant, pour l'un comme pour l'autre, sans avoir à se justifier.
- Un personnage ne vaut pas un oui : même sous un masque, chaque geste se demande. Lorenzo demande avant le baiser, la veuve avant chaque étape.
- Le bandeau, retirable à tout moment : un masque sur les yeux se dénoue d'un geste, et celui qui le porte peut l'ôter lui-même dès qu'il le souhaite.
- L'intimité reste privée : l'alcôve du palais s'arrête au baiser, le reste se passe dans leur chambre. Ce récit met en scène des adultes, et nos produits s'adressent aux personnes majeures.
Ce récit fait partie de nos histoires érotiques pour adultes, et de notre sélection d'histoires BDSM. Pour un autre jeu de rôle entre deux personnes qui se connaissent par cœur, lis le jeu de l'amant d'un soir.





